Debout, les pieds joint, Chyzon venait de finir d'analyser en moins d'une fraction de seconde les conséquences des différents évènements ...
Il s'est arrêté ... pda ... fils électriques ... pont ... disparition spectre normal ... Jusque là, tout était parfaitement gérable ... Chyzon attendait patiemment que son adversaire se décide à s'avancer de nouveau vers lui, restant dans une posture de statue antique habillée. Le regardant toujours aussi froidement, il sentait autour de lui la zone commerciale se vider tranquillement. Jusqu'à cet instant là ...
Soudain, à 45° sur sa gauche, la fissure qu'il avait indirectement créée alla briser un mur de verre séparant les galeries marchandes du magasin à proprement parler. Pour l'instant rien de bien important sauf que ... sauf que les vigiles, eux, probablement légèrement plus entrainés que les clients aux situations de crise eurent la bonne idée de réagir à leur manière ... c'est à dire de façon complètement irréfléchie et primitive.
Ils dégainèrent leurs armes et firent feu, ajoutant des sonorités inattendues au tableau sonore peint jusqu'à présent.
Seulement, leur cible, c'était lui ...
Fasse à cette haine soudaine et tout de meme assez illogique, Chyzon resta, encore une fois, totalement immobile, continuant de fixer du regard JiMBo, qui était toujours arrêté, et qui semblait se délecter du spectacle qui se déroulait.
Dans le regard de Chyzon passa un brin de lassitude, et les balles d'une vingtaine de chargeurs vinrent se déverser sur lui, le transperçant toutes sans exception ...
Quelques unes allèrent se loger dans ses jambes, d'autres dans son torse, d'autres dans ses bras, certaines dans ses mains même, trois l'atteignirent à la tête, entre les deux yeux, et une lui rentra dans la mâchoire. Mais à aucun moment il ne bougea ne serait-ce qu'un muscle. Chaque balle se fichait dans la chair sans entrainer de modification réelle de sa structure.
Suite à cette scène, la faille sembla se stopper, et le calme sembla revenir quelque peu. La foule se calma légèrement, ayant l'impression que les vigiles avaient fait leur travail et les avaient sauvé, tandis que ces fameux gardes abaissaient enfin leurs armes fumantes pour adresser un regard empreint d'une crainte non-naturelle vers leur cible.
Le silence s'établit extrèmement rapidement. Plus personne ne bougeait, l'ensemble de la population présente réunissant ses regards en un seul point, en une seule personne.
Soudain, au milieu de cet immobilisme surnaturel, quelque chose vint perturber la pureté de son accoutrement. Fixant toujours d'un regard devenu alors dur son adversaire, apparut sur Chyzon une goutte de sang. Une seule goutte de sang. Une minuscule goutte d'un rouge plus vermeil qu'un grenat, semblant plus précieuse que la plus fine des pierres de cette Terre. Une goutte de Sang perla au coin extérieur de son œil gauche. Lentement, celle-ci prit contact avec sa joue et retraça doucement les courbes de son visage, glissant délicatement jusqu'à son menton, où elle sembla hésiter. Une longue marque sanglante rappelait son passage sur le visage autrefois immaculé du propriétaire. Elle s'attarda quelque peu, grossit légèrement, et, lorsqu'elle fut gorgée autant qu'elle le pouvait, elle se détacha de son possesseur et tomba.
Elle tomba étrangement lentement, comme planant quelque peu sur l'air.
Et alors elle toucha le sol.
A cet instant précis, un son se fit de nouveau entendre, déchirant le voile du silence. Un son connu par tous, et souvent redouté chez certain ... Un simple battement de coeur étrangement amplifié sembla se propager dans l'espace du centre commercial.
Bodom ...
Puis de nouveau plus rien.
Quelques temps après, qui semblèrent être une peu plus qu'une moitié d'éternité, le corps de Chyzon sembla basculer imperceptiblement vers l'avant, comme s'il allait tomber. L'instant d'après, il sembla se redresser, comme légèrement plus grand, et, ses yeux parfaitement blancs ouverts encore fixés sur JiMBo, il fit ce qu'aucun être humain ne pourrait jamais faire : il ouvrit de nouveau ses yeux, comme si les yeux qu'il présentait jusqu'à présent n'étaient qu'un paupière refermée ...
En faisant cela, il pencha légèrement la tête en arrière, et entrouvrit la bouche, laissant échapper ce que l'on pourrait appeler un râle de douleur. L'espace proche de lui sembla alors vaciller, et on entendit autre chose de nouveau, comme si une vieille balance jusqu'alors en position d'équilibre venait de basculer d'un côté en grinçant affreusement.
Lorsque ce son prit fin, Chyzon se repositionna comme à son habitude, c'est à dire parfaitement droit, et pencha ensuite sa tête vers les vigiles qui l'avaient agressé. Son regard ne pivota pas simplement, ni sa tête d'ailleurs, ce fut tout son ensemble cou-tête-yeux qui se mit en mouvement pour observer avec malveillance d'un regard nouveau ses agresseurs.
Et alors ces hommes là firent face à un tableau que personne ne pouvait endurer sans subir de séquelles psychologiques plus que lourdes ...
Les "nouveaux" yeux de Chyzon n'étaient plus blanc, ils étaient rouge ... mais pas rouge uniquement au niveau de la rétine, également au niveau du "blanc" de l'oeil. Pas d'un rouge comme s'ils étaient injectés de sang, non, rouge comme si l'on avait consciencieusement épluché la fine pellicule de l'oeil pour que l'on mette la chair à vif ...
Et dans ce regard brillait une flamme de démence et de haine, de folie meurtrière et de passion prête à être accomplie ...
Il les regarda donc, et lâcha ce que l'on pouvait appeler un rire, et toutes en meme temps, chacune des blessures qui le transperçait se mirent à saigner.
Rapidement, son vêtement immaculé fut recouvert de sang, et sa peau blanche fut elle aussi couverte, sauf en de rares endroits, de sang.
Déjà, le "public" semblait reprendre possession de ses moyens et s'apprêtait à recommencer à paniquer lorsque Chyzon eut un geste qui stoppa toutes réaction : tout en fixant les vigiles, il leva pour la première fois ses mains, alors en sang, les leva comme on le fait en s'étirant, s'étira d'ailleurs, lâcha un soupir à la coupole de verre au dessus de lui, puis se secoua les épaules, comme pour se désengourdir, et enfin finit en joignant ses mains au niveau de sa poitrine.
En bref, il claqua ses mains comme dans un signe de prière.
Sauf que son geste ne s'en arrêta pas là, il les sépara de nouveau, puis les reclaqua encore, et encore, et encore ... une bonne vingtaine de fois en fait pourrait-on dire ...
Lorsqu'il eut claqué ainsi pendant un bon autre moment, il sourit aux vigiles, puis stoppa son mouvement, séparant ses mains, les mettant au dessus de sa tête, comme dans un geste fait pour se disculper, et les vingts vigiles portèrent leurs mains à leur poitrine, comme perdant soudainement quelque chose de précieux ...
Chyzon les regarda alors avec amusement, et recommença à claquer des mains, de la meme manière, et ceux-ci recommencèrent à sentir la vie revenir en eux.
Et ainsi, de manière régulière, il continua de claquer des mains, les regardant avec amusement, et commença ensuite, entrouvrant les lèvres comme s'il allait parler, à accélérer imperceptiblement la cadence. Rien de bien différent, mais les vigiles, eux, le ressentir assez fortement, ils commencèrent à avoir une respiration saccadée, à suer, à voir leur visage rougir ... Puis Chyzon ralentit alors le rythme tout aussi lentement ... l'effet inverse se produisit, bien évidemment ...
Et alors il décida à parler d'une voix forte ...
"Et si nous remercions ses bonnes âmes pour nous avoir sauvés ?! Ne serait-ce pas aimable ?" Et, une lueur de démence dans les yeux ne perdant pas une miette du spectacle, il acheva sa proposition, prenant la voix claire et pure d'un petit enfant
"Oh oui ! chic chic chic ! applaudissons-les !"Et reprenant ces derniers mots, il commença à accélérer dangereusement le rythme, transformant rapidement le blêmissement des vigiles comprenant ce que leur réservait le sort et une bouffée de chaleur les rendant rouge comme des tomates ...
"Applaudissons-les ! Applaudissons-les ! Applaudissons-les !" A chaque fois, il accélérait la cadence, et déjà certains se penchaient en avant, cherchant à reprendre leur respiration ...
S'amusant comme un fou, justement, Chyzon vit alors l'un d'entre eux, quelque peu plus costaud que les autres se détacher du lot pour courir vers lui, contournant la faille qui s'était stoppée pour se diriger en soufflant comme un boeuf vers lui.
"Quelle bonne idée de dépenser cette énergie ! mais ... " Et il stoppa une nouvelle fois ses claquements ... les hommes s'effondrèrent alors, foudroyés.
"Encore faut-il en avoir ..." Dit-il avec cette meme voix d'enfant ...
Il resta là, contemplant l'homme qui, visiblement, était vraiment solide vu qu'il essayait, tout en gémissant de se trainer vers lui...
"Quel courage, félicitation !" Et il se remit à applaudir avec frénésie ...
C'en fut trop pour tous les autres restés là-bas. Pour la majorité, un hurlement de douleur traversa leur gorge, avant que celle-ci ne soit remplie de sang ... de sang envoyé par le coeur qui faisait éclater veines et artères par la pression qu'il imposait ...
"oups ..." ce fut tout ce qu'il dit ... et il recommença à prendre un rythme régulier et "vivable" ...
L'homme, le dernier vigile en fait, se releva péniblement et recommença à avancer vers Chyzon, sachant pertinemment que la mort l'attendait, mais comme par héroïsme dirons-nous, il continuait son inutile avancée ...
S'amusant énormément, la cible de ce pèlerinage sembla vouloir créer un espèce de suspens, et commenca à ralentir le rythme, comme ralentissant le temps ...
Ce qui affecta directement le dernier vigile ... il porta la main à son coeur et se courba en avant, mais déjà, il dut se mettre au sol, et, gémissant de rage, commença à progresser pitoyablement sous les regards des clients qui ne réagissaient pas, trop choqués par la scène pour penser ne serait-ce qu'à cligner des yeux ...
Alors que le rythme n'équivalait pas 32 battements par minute, Chyzon stoppa alors son mouvement, et regarda avec un sourire l'homme s'affaler au sol.
Il resta comme cela pendant quelques deux secondes, puis claqua des doigts avec la main droite.
Il se retourna alors, dans son splendide costume de sang vers les clients amassés derrière lui, et leur jetant un regard de meurtrier, se mis encore à sourire, révélant encore une fois ses dents couvertes elles aussi de sang ...
"Tiens tiens ... on dirait bien qu'il n'est pas tout à fait mort ... je n'aurais pas du le lâcher en fin de compte ..."En effet, le vigile se relevait en titubant, ayant visiblement retrouvé un rythme cardiaque propre.
"Il est coriace non ?"L'homme retrouvant ses esprit attrapa alors un couteau dissimulé dans sa botte et se jeta sur Chyzon qui était toujours dos à lui, lui attrapa la tête, la pencha en arrière, mettant en évidence sa tranché, et la coupa d'un geste net, violent et précis. Le sang gicla et aveugla le vigile qui relâcha Chyzon et s'éloigna de lui.
De ce dernier continua de gicler des quantités énormes de sang, et il s'agenouilla, puis s'affala, face contre terre.
Une mare de sang se forma, et le vigile commenca à savourer sa victoire ...
"Moi aussi ..." Ce fut les dernières paroles qu'entendit le garde ...
Se relevant de manière tout à fait irréelle, Chyzon se mit face à l'homme qui l'avait tué deux fois et mima avec les mains deux coups d'épée le tranchant en diagonale et trois parts égales ...
Le vigile eut un hoquet de surprise, et un sifflement suraigüe transperça l'espace.
Ses yeux roulèrent dans leurs orbites, il leva en tremblant sa main droite à son visage mais son bras se détacha de son corps à mi avant-bras. Il tituba en arrière, mais son bassin se déroba au sens premier. Il pencha dans sa chute la tête en arrière, et Chyzon, libérant en meme temps un cri de rage lui sectionna la tête du cou avec sa main dans un mouvement d'une vitesse déconcertante.
Lorsque les restes de l'homme s'immobilisèrent au sol, Chyzon se retourna de nouveau vers son "public" et, le corps éclaboussé par un sang autre que le sien cracha par terre au pied d'un homme au premier rang ... une tache de sang s'étala au pied de l'homme.
"Tu es le suivant ?" lui demanda-t-il d'une voix infantile
La foule entière lui répondit, hurlant de terreur, et courant vers la sortie.
Chyzon sourit, puis se mit à rire, rire, rire comme un possédé, projetant à chaque fois des giclures de sang par sa gorge sectionnée. Se ressaisissant quelque peu, il se tourna vers JiMBo, s'accroupit, mis sa main dans sa mare de sang, et, comme un gosse cherchant à éclabousser le chien resté en dehors de la piscine, il appela son adversaire.
"Bon ? tu viens ? Je t'attends moi !"